L'image
(Jean de Berg)
Cela
est maintenant bien connu : sous le pseudonyme de Jean de Berg (et
quelquefois Jeanne de Berg) se cache la romancière, actrice, et
photographe Catherine Robbe-Grillet,
née Rstakian
en 1932
(ou 1930 suivant les sources) à Paris.
En 1951, elle rencontre Alain Robbe-Grillet,
écrivain qui se fera bientôt aussi un nom au cinéma et qui l'initie aussitôt au BDSM, et l'épouse
le 23 octobre 1957.
En 1956 paraît aux éditions de Minuît L'image,
court récit sadomasochiste, censuré à deux reprises, qui sera
réédité en 1984 dans une collection de poche.
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L'image, couverture de la réédition de 1984
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On pourra noter
que ce petit roman sort à peu près à la même époque que le
fameux « Histoire d'Ô » de Pauline Réage (dite aussi
Dominique Aury, née Anne Desclos) paru en 1954. Un lien ?
Actrice de théâtre et de cinéma, photographe de plateau, elle se tourne vers la publication de livres traitant de BDSM.
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En 1963, dans L'Immortelle, d'Alain Robbe-Grillet, sous le pseudonyme de Catherine Carayon.
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D'abord longtemps soumise dans les jeux SM, Catherine Robbe-Grillet a fini par changer de rôle et préférer la domination. Elle
se définit aujourd'hui comme une scénographe du BDSM, une maîtresse
de cérémonie.
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En 2009, maîtresse de cérémonie
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Lors d'une soirée
parisienne des années 50, Jean de Berg admire la beauté de Claire,
photographe d'art qui semble à peine le voir, car elle ne quitte pas
des yeux Anne, une toute jeune fille blonde qui est aussi son modèle.
Son modèle et son esclave, comme Jean le découvrira, d'abord au
travers de photographies où l'art sert de prétexte pour mettre en
scène les désirs de Claire, avec qui il a réussi à faire
connaissance, puis lors d'une première séance de domination
sadomasochiste où les fesses d'Anne serviront d'exutoire au jeu
érotique entre les deux principaux protagonistes. Je vous en livre le
début, mais je vous laisse découvrir dans l'ouvrage la fin de cette
fessée au fouet...
(Claire
montre à Jean une série de photographies réalisées avec Anne
comme modèle, et pour la première fois Jean a confirmation par
l'image de la relation SM entre Claire et Anne)
La
fille est nue, encore, et à genoux, enchaînée maintenant au pied
du lit. On la voit de dos. Les chevilles sont étroitement liées
ensemble, mais croisées, un pied passant par-dessus l'autre, ce qui
maintient les genoux très écartés.
[…]
Les
fesses sont marquées en tous sens par des lignes foncées très
nettes et bien distinctes, qui s'entrecroisent des deux côtés de la
raie médiane, plus ou moins appuyées suivant que le fouet a frappé
plus ou moins fort.
Cette
image de la petite Anne enchaînée à son lit, à genoux dans une
position très inconfortable, est évidemment rendue plus émouvante
encore par les traces cruelles des tourments qu'elle vient de subir.
Par-derrière, les spirales de fer noir composent d'élégantes
arabesques.
[…]
(Sous
le prétexte assez fallacieux d'un respect insuffisant dû à la
personne de Jean lors d'une rencontre impromptue à Montmartre, Anne
est convoquée par Claire pour répondre de ses actes.)
Anne
a donc dû comparaître devant nous, selon l'habitude : debout, les
bras le long du corps et les paupières baissées. Elle était en
jupe à plis et chemisier; ne portant pas de chaussures, elle
marchait sur ses bas. On l'avait fait venir pour tirer au clair cette
affaire de librairie et pour lui infliger séance tenante une
correction, si elle la méritait.
Bien
entendu, il n'était pas question de savoir si la jeune femme
méritait quelque chose ou non, mais de trouver là un prétexte pour
la torturer à notre guise, en ayant l'air de la punir. Claire, du
reste, parlait avec une violence qui ne présageait pour sa victime
rien de bon.
Il
n'a pas fallu plus de quelques secondes pour convaincre celle-ci
d'insoumission grave. Et son châtiment immédiat a été décidé,
sans qu'elle ait à peine ouvert la bouche pour se défendre :
-
Déshabille-toi ! A ordonné Claire.
(Anne
se déshabille à genoux devant sa maîtresse, elle ne porte pas de
culotte)
Et
elle est restée ainsi, à genoux, cuisses écartées, bien droite,
entièrement exposée à nos regards.
Son corps était
tendre et charnu, mince encore mais plein de rondeurs et de
fossettes, plus émouvant que je ne l'avais jamais vu. La chair, très
lisse, avait une couleur blonde uniforme, un peu plus blanche
cependant sur le ventre et les seins, dont les bouts devaient être
légèrement fardés de rose. Bien qu'apercevant la jeune femme de
face, je me suis rappelé l'image qui la représentait par derrière
: enchaînée au lit de fer dans une posture voisine, les fesses
striées par les coups de fouet. Le souvenir des photographies et de
leurs supplices donnait toute sa valeur à la position d'attente où
l'on maintenant à présent la victime.
(Claire
commente alors de plus en plus passionnément le corps d'Anne et les
tourments futurs.)
Après
un assez long silence, elle a prononcé d'un ton calme
-
Lève-toi petite catin ! Va chercher le fouet !
La
fille s'est relevée, conservant un de ses bras devant les yeux.
S'étant retournée, elle a traversé le tapis en direction de la
porte. Elle évoluait avec une grâce enfantine, que troublait un peu
sa propre nudité. Les deux globes encore intacts de ses reins, qui
ondulaient à chaque pas, nous promettaient les plus cruels
assouvissements.
Anne est revenue aussitôt, l'un de ses
bras dissimulant toujours le haut de son visage. Dans sa main libre,
elle tenait un objet de cuir. Elle s'est mise à genoux devant
Claire, tout près d'elle, pour le lui présenter. C'était le fouet
tressé de la photographie. Claire a saisi l'instrument par son
extrémité rigide et a fait mettre la victime un peu plus de profil,
devant son fauteuil, afin que je puisse la contempler moi-même bien
en face. Sans que l'on eût rien de plus à lui dire, la fille avait
de nouveau écarté les genoux et levé les bras en l'air, mais au
dessus de la tête cette fois, pour que l'on vît aussi sa charmante
figure apeurée et la jolie bouche entrouverte, pendant le
supplice…
(Claire
semble se radoucir et joue un moment avec sa victime.)
-
Elle est mignonne, comme ça, la petite fille. Elle aime bien qu'on
la mette à genoux pour la fouetter... Ça l'émeut... Elle est déjà
toute mouillée, je parie…
La main indiscrète est
remontée jusqu'au sexe. Le bout des doigts est passé, puis repassé
deux ou trois fois, d'arrière en avant le long de la fente. Pendant
ce temps, l'autre main, celle qui tenait le fouet, caressait les
fesses par derrière.
Et brusquement l'index de la main
gauche a pénétré entre les lèvre au-dessous de la toison bouclée.
Le doigt est entré d'un seul coup vers les profondeurs brûlantes.
La petite Anne a fermé tout à fait les yeux et ouvert la bouche un
peu plus.
Claire m'a jeté un regard victorieux. La
facilité de l'attentat indiquait, en effet, que la fille était bien
humide, excitée, prête pour l'amour.
- Vous voyez, me
dit Claire, comme elle est bien rodée : quand on va la battre, elle
s'apprête à jouir. C'est une question de dressage, comme pour le
chien ! Il a suffit de la caresser souvent dans cette posture; elle
ne peut plus s'empêcher d'y attendre le plaisir... N'est-ce pas,
petite garce ?
Aussitôt, sans enlever sa main gauche
d'entre les cuisses, par devant, Claire, de sa main droite, a donné
un violent coup de fouet sur les fesses. Son habileté à manier la
lanière de cuir dénotait un long exercice.
La fille a
sursauté; ses bras, instinctivement, se sont un peu baissés. Mais
elle les a relevés tout de suite. Claire a frappé une seconde
fois.
- Regarde Jean ! a-t-elle ordonné à la jeune
femme. C'est sur sa demande que tu es punie.
Anne a levé
les paupières, les tenant même écarquillées pour mieux résister
au supplice. Elle s'appliquait aussi à conserver la bouche bien
ouverte.
Afin de cingler plus fort et plus commodément
les douces chairs abandonnées à sa merci, Claire a ôté sa main
gauche du sexe. Les coups, mieux dirigés, se sont abattus avec
régularité sur les reins. Maintenant, la fille poussait un petit
gémissement chaque fois que claquait le fouet, un « Ah »
de douleur qui ressemblait à un râle d'amour.
Claire a
continué de frapper, de plus en plus vite. Les cris de la victime
ont précipité leur rythme : « Ah... Ah... Ah... Ah... »
Puis, n'y tenant plus, elle a baissé un bras jusqu'à toucher le sol
et s'est assise à moitié sur ses jambes…
Claire a
interrompu ses coups. La fille, prise de peur, s'est redressée, en
rectifiant la position des genoux, et a levé les bras de nouveau
au-dessus de sa tête.
-
Il vaudrait mieux l'attacher, dis-je.
-
Oui, si vous voulez, m'a répondu Claire.
Alors,
tout doucement, la petite Anne s'est mise à pleurer. Les gouttes se
formaient au coin des yeux et roulaient sur ses joues rosies. Un
frisson lui parcourait le corps de temps en temps. Puis elle essayait
de renifler, avec le plus de discrétion possible.
À
genoux sur le tapis de haute laine, bien droite, cuisses écartées,
les mains en l'air, elle n'osait même pas essuyer ses larmes qui lui
coulaient lentement sur le visage.
Nous sommes demeurés
là, un long moment à la regarder.
Magnifique ! Catherine Robbe-Grillet est une très grande Dame !
RépondreSupprimerNe ressentez-vous pas comme une espèce de fascination devant ce châtiment si bien mis en scène ?
RépondreSupprimerL'écriture en est splendide.